Introduction

Traditionnellement attribués au roi David, les 150 textes poétiques, qui constituent le livre des Psaumes, ont toutefois une origine plus incertaine : il s’agirait probablement d’un ensemble de poèmes écrits au cours des 4 à 5 siècles qui suivirent le règne de David [1].

A l’origine, la Bible hébraïque ne donne aucune dénomination spécifique pour cette compilation de 150 psaumes de 2.527 versets. Mais la littérature rabbinique postérieure va qualifier cet ensemble de Sefer Tehilim qui signifie littéralement « Livre des louanges ».

L’appellation généralement acceptée aujourd’hui de « Livre des Psaumes » provient d’une traduction littérale du grec Biblios Psalmôn et du latin Liber Psalmorum. En grec Psalmos désigne un air joué sur un instrument à cordes appelé psaltérion de la famille organologique des cithares. Selon André Chouraqui, ces traductions ont « donné au contenu du recueil [des psaumes NDLR] un nom évoquant la manière dont ses éléments peuvent être chantés, plutôt que la nature même de ceux-ci. L’hébreu, lui, dit Tehilîm, mot qui dérive de la racine hll, louanger… pour désigner des poèmes orientés vers la louange de Yahvé » [2].

Notons que la numérotation des psaumes n’est pas la même dans la Septante [3] et dans la Vulgate [4] que dans le texte massorétique, même si on aboutit à un même total de 150 psaumes.

Psaumes et psalmodie aux Temples

Comme le souligne André Chouraqui, on ne peut concevoir les psaumes sans la musique qui les accompagne. A l’époque du Premier et du second Temple, la musique jouait un rôle important dans le déroulement du culte [5].

Au Ier siècle de l’ère vulgaire, la Mishnah [6] décrit l’orchestre du Temple comme étant composé d’un minimum de 12 instruments, principalement à cordes (2 nevelim, 9 kinnorot et 1 mesiltayim) auxquels viennent s’adjoindre 12 chanteurs (Mishnah, Arakin, II, 3-6).

La partie musicale du culte, vocale et instrumentale, est traditionnellement liée à l’offrande des sacrifices. Et les psaumes y sont largement représentés (psaumes d’actions de grâce ou pénitentiels). De nombreux psaumes invitent ainsi les fidèles à chanter l’Éternel (ps. 33, 66, 81, 84, 92, 95, 96, 98, etc.).

La division bipartite ou tripartite du verset dans la poésie biblique, laisse par ailleurs supposer dans l’exécution musicale le recours à la forme antiphonée (alternance de deux choeurs) et responsoriale (réponse des fidèles au Grand Prêtre). La participation du peuple au culte, ou l’exécution alternée de deux choeurs, semblent impliquées par l’emploi de brefs refrains, comme dans le psaume 136, et par d’autres indices (les Halleluyah, Amen, etc.).

Certains débuts de psaumes contiennent des indications d’ordre musical dont le sens demeure parfois mystérieux : ainsi l’incipit du psaume 6, Lamenatseah’ al ha-sheminit, signifie littéralement "Au chef des chantres sur le huitième". Ce "huitième" désigne-t-il un instrument à huit cordes ou indique-t-il que la pièce est chantée dans le huitième mode ? La mélodie est-elle doublée à l’octave comme certaines traductions osées le laisseraient entendre ? On trouve ainsi dans les psaumes de nombreux mots littéralement intraduisibles, et qui contiennent peut-être des indications musicales ; selon le musicologue Israël Adler, "le terme obscur selah’ semble indiquer l’endroit précis d’une "entrée" (interlude instrumental ? Réponse chorale ?)", interprétation toutefois contestée par certains chercheurs.

La musique vocale et instrumentale des psaumes qui résonnait aux Temples s’est éteinte avec leur destruction. Et personne ne peut sérieusement prétendre aujourd’hui retrouver à quoi elle ressemblait, faute de notation musicale ! Mais, la lecture vocalisée des psaumes, la psalmodie, s’est transmise à travers l’institution synagogale.

Psaumes et psalmodie dans la synagogue

La synagogue en effet a coexisté pendant près de cinq siècle au côté du Temple mais le culte qui s’y déroulait était certainement très différent de ce dernier. En effet, la synagogue n’est pas un temple, mais ordinairement le lieu où les hommes se réunissent pour écouter la lecture de la Torah. Le culte qui s’y est développé tient dans cette lecture, point de départ de commentaires, et dans le chant de psaumes, complété par des prières dites en commun.

Plus tard, à partir de la période talmudique, le nombre de psaumes utilisés dans le culte public, les cérémonies domestiques ou d’autres occasions n’a fait que croître, répondant ainsi en grande partie à la de­mande populaire. Le livre de prières tradi­tionnel comporte désormais soixante-dix psaumes complets et près de deux cents versets du psautier ont été introduits dans différents passages liturgiques.

Ces psaumes sont récités selon une façon particulière que l’on appelle la psalmodie. La psalmodie, comme la cantillation biblique, est généralement régie par le principe de la dichotomie : chaque phrase est formée de deux parties séparées par des accents disjonctifs, dont le plus fort se trouve à la fin. Cette ponctuation, à la fois textuelle et musicale, se traduit mélodiquement par une cantillation syllabique, généralement autour d’une, de deux ou de trois notes, entrecoupée par une cadence, parfois mélismatique. Comme le constate le musicologue Israël Adler (1968, 475), "ce procédé rappelle l’emploi de la corde de récitation (teneur) dans le plain-chant de l’Église."

Un autre élément caractéristique de la cantillation ou de la psalmodie est l’utilisation de formules mélodique prédéterminées à l’intérieur d’un mode, dont le rôle principal consiste à réguler la déclamation du texte. Il existe ainsi des formules initiales et terminales, à caractère conjonctif et disjonctif. Ce type de modalité est aujourd’hui encore constaté dans l’ensemble des communautés juives, ce qui atteste son degré d’ancienneté.

La notation musicale des psaumes

Jusqu’au début du XIXe siècle environ, les psaumes ont toujours été transmis oralement. Il n’y a guère que deux siècles que l’on a commencé à transcrire leur musique. On trouve toutefois au-dessus du texte hébraïque des psaumes la présence de petits signes graphiques : les te’amim ou accents bibliques, dont le système s’est élaboré entre les VIe et IXe siècles de l’ère chrétienne.

Les te’amim sont des petits signes graphiques, placés sur ou en dessous des mots, qui indiquent la place de l’accent tonique et permettent de séparer ou lier les mots. Il existe des te’amim conjonctifs (appelés servants) et d’autres disjonctifs (appelés rois). Les deux principaux te’amim disjonctifs sont le Sof pasuq et l’Etnah’ta ; ils correspondent sensiblement au point et à la virgule.

A une époque troublée où la tradition orale se fragilise, les systèmes des te’amim offrent aux servants de la synagogue un moyen mnémotechnique efficace pour découper et réciter de façon adéquate des textes bibliques privés de toute ponctuation. Signes d’accentuation et d’interponctuation, les te’amim n’indiquent ni des notes, ni des intervalles ni même des modes, mais des formules mélodiques dont le contour dépend du choix du mode. Ainsi une même succession de te’amim se chante différemment si elle s’applique au mode du Pentateuque, à celui des Prophètes ou bien encore à celui du rouleau d’Esther.

L’élaboration du système de te’amim a duré près de trois siècles. Plusieurs notations coexistèrent dans un premier temps. Mais finalement, c’est le système codifié au Xe siècle par Aaron ben Asher à Tibériade – et appelé pour cela « système tibérien », qui s’imposa dans pratiquement toutes les communautés juives. Cependant du fait de sa complexité - il comprenait pas moins de 29 signes différents ! - il ne fut pas rigoureusement appliqué partout. Si bien, qu’en dépit du rôle joué par les te’amim dans le maintien des traditions musicales, la cantillation biblique d’un même texte varie de façon plus ou moins importante d’une communauté à l’autre. Les mélodies possèdent indéniablement toutes un air de famille qui indique une origine commune ; mais avec le temps et les mutations qui l’accompagnent, des différences mélodiques, parfois importantes, sont apparues.

Dés lors, il n’existe pas à l’intérieur du judaïsme une musique unique des psaumes, mais presque autant de musiques qu’il y a de traditions et de courants divers dans le judaïsme.

Les psaumes : point de rencontre entre Juifs, Catholiques et Protestants

Mais si les psaumes ont atteint une telle renommée dans le monde judéo-chrétien, c’est bien parce que Chrétiens et Juifs partagent les mêmes textes fondateurs : les premières assemblées de Chrétiens, en grande partie composée de Juifs, continuèrent à prier à la synagogue et transposèrent ainsi une partie de la liturgie synagogale dans le nouveau culte en formation. Les psaumes, comme d’autres prières devinrent un des piliers de la liturgie catholique puis plus tard, au XVIe siècle, protestante.

Comme il s’agit d’une œuvre poétique aux accents particulièrement lyriques, les psaumes ont été une source d’inspiration intense pour de nombreux compositeurs, qu’ils soient juifs tels Salomone Rossi (vers 1570-vers 1630), catholiques tels Claudio Monteverdi (1567-1643) et Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594), ou encore protestants (Loys Bourgeois, Clément Janequin, Claude Le Jeune, Claude Goudimel et Pascal de l’Estocart).

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

- ADLER Israël, La pratique musicale savante dans quelques communautés juives en Europe aux XVIIème et XVIIIème siècles, Paris - La Haye, Mouton & Co, 1966, 2 vol.

- AVENARY, Hanoch, "Music", Encyclopaedia Judaïca, vol. 12, Jerusalem, Keter Publishing House, 1972, pp. 566-664.

- CHOURAQUI André, La Bible, Ed. Desclée de Brouwer, 1989, pp. 1115-1232.

- « Psaumes, Livre des », Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, coll. Bouquins, éd. Cerf/Robert Laffont, 1996, pp. 831-832.

- ROTEN Hervé

- Les traditions musicales judéo-portugaises en France, Paris, Maisonneuve &Larose, avril 2000, 282 p.

- Musiques liturgiques juives : parcours et escales, Coll. Musiques du monde, Cité de la Musique / Actes Sud, 1998, 167 p.

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