Dzigan et Shumacher

Originaires de Łódź en Pologne, Shimen (Szymon) Dzigan (1905-1980) et Yisroel Shumacher (Szumacher) (1908-1961), célèbre duo d’humoristes de langue yiddish, furent mondialement connus avant et après la seconde guerre mondiale.

Fils de tailleur, Shimen Dzigan se destine initialement à suivre les pas de son père. Mais le destin en décide autrement lorsque le célèbre écrivain et poète Moyshe Broderzon remarque ses dons d’improvisateur et son sens de la parodie lors d’un banquet en 1927. Il l’engage alors dans le cabaret Ararat qu’il a fondé à Łódź. Un an plus tard, Yisroel Shumacher intègre à son tour le cabaret.

Les deux artistes, influencés par le théâtre yiddish naissant, partagent la conviction qu’en tant que juifs ils doivent préserver la langue yiddish. Tous deux sont également séduits par les idées socialistes qui se propagent après la Première Guerre mondiale. Et leurs sketches reflètent ces idées neuves. De fait, la troupe Ararat, et ses acteurs énergiques aux maquillages excessifs et aux costumes impressionnants, ne ressemble à aucun autre théâtre yiddish existant.

Après 6 ans d’activités à Łódź, Dzigan et Shumacher s’installent à Varsovie. Ils jouent pendant un an au sein de la troupe Di Yiddishe Bande, puis décident de remonter la troupe Ararat avec certains de ses membres fondateurs de Łódź. Finalement les deux humoristes décident de se produire uniquement en duo : ils fondent leur propre cabaret au théâtre Nowości de Varsovie en 1935.

En 1937, ils jouent dans le film yiddish Freylekhe Kabtsonim (Jolly Paupers) réalisé par Zygmunt Turkow.

Au moment de l’invasion de la Pologne par les nazis, Dzigan et Shumacher fuient à Białystok, alors occupée par les soviétiques. Ils continuent leurs spectacles à Minsk, Moscou, Leningrad, Kiev, Kharkov et dans toutes les localités soviétiques où vit une population yiddishophone. Mais lorsqu’ils tentent de quitter l’Union Soviétique avec l’armée polonaise du Général Anders, ils sont arrêtés. Ils passeront 4 années dans le camp de travail d’Aktioubinsk où, il leur sera permis, malgré tout, de faire des spectacles, à la fois pour les juifs, mais aussi pour les banquets du NKVD (Narodni Komissariat Vnoutrennikh Diel [Commissariat du peuple aux affaires intérieures]). Relâchés en 1946, arrêtés à nouveau à Lwów, ils finissent par rejoindre Varsovie en 1947.

En 1948, ils joueront dans Undzere kinder (nos enfants), l’un des derniers films en yiddish tourné en Pologne, réalisé par Natan Gross et ayant pour sujet la Shoah.

En 1950, ils décident de s’installer dans le jeune état d’Israël, où la demande pour des divertissements en yiddish est très forte, et où nombre de juifs connaissent par cœur leurs sketches à travers tout le pays. Mais, suite à l’aspiration des dirigeants de l’époque de former une nouvelle société israélienne parlant l’hébreu, la quasi-totalité des spectacles en yiddish sont interdits, et malgré leur popularité, les spectacles de Dzigan et Shumacher n’échappent pas à la règle.

Ils décident alors d’émigrer à Buenos Aires en Argentine, où ils fondent un nouveau cabaret.



En 1958, suite à la levée de l’interdiction de jouer en yiddish en Israël, nos compères s’installent à Tel Aviv et créent leur propre théâtre. Mais cela ne dure pas longtemps, et les deux humoristes qui ont commencé à se quereller au milieu des années 1950, rompent finalement tout lien en 1960.

Un an après, Shumacher succombe à une maladie à l’âge de 53 ans.

Pendant vingt ans, Dzigan continuera, lui, d’arpenter les planches, et se produira même sur le petit écran israélien. Pris d’un malaise sur scène le 13 avril 1980, il meurt le lendemain.


Les Laurel et Hardy Yiddish

Les deux humoristes jouaient des caractères très distincts. Dzigan était le nerveux, bavard, gentil mendiant et geignard. En contraste, Shumacher était plus flegmatique et donneur de leçons. Commentant l’actualité, ils se moquaient des antisémites, des hommes politiques, mais également d’eux-mêmes et de leur public, avec des sketches portant sur la vie quotidienne. Ils étaient parfois comparés à Laurel et Hardy, ou à deux Don Quichotte assis sur un banc, l’un rêvant de la Palestine, l’autre du Borobidjan.

Dzigan et Shumacher restent le plus célèbre duo d’humoristes yiddishophones connu à travers le monde.

Sources :
YIVO Encyclopedia
Beit Hatfutsot
CCLJ
Jewish Entertainers

En savoir plus
Consulter le fonds Dzigan et Shumacher

Vous aimerez aussi

Concert de gala de l’Institut Européen des Musiques Juives - 4e édition

DIMANCHE 11 NOVEMBRE 2018, 17h30, salle Cortot - Paris, l’IEMJ vous convie à son Concert de Gala. RÉSERVEZ LA DATE (…)

Vingt Nigunim pour clarinette et piano de Claudine Movsessian et Martine Vialatte

PARUTION D’UN NOUVEAU RECUEIL DE PARTITIONS AUX EDITIONS DE L’IEMJ : Vingt Nigunim pour clarinette et piano, de Claudine Movsessian et Martine (…)

L’IEMJ à la journée des Associations

Le 10 juin 2018 de 11h à 18h, à la Mairie du 4ème arrondissement de Paris, (salles et cour intérieure de la mairie), venez retrouver l’IEMJ à la (…)

Parution d’une nouvelle partition de Fernand Halphen aux Éditions de l’IEMJ

L’IEMJ a le plaisir de vous annoncer la publication d’une partition inédite du compositeur Fernand Halphen, la Romance en mi majeur pour violoncelle (…)

Le Sablier du temps, un voyage musical au cœur de l’âme juive

Concert proposé par l’IEMJ et la Mairie du 3e (Paris), dans le cadre du Festival des Cultures Juives, le 21 juin 2018 à 18h, avec Virginie Constant (…)