Kurt Weill, de la République de Weimar à Broadway : Histoire d’un génie musical

Une émission de radio de l’Institut Européen des Musiques Juives présentée par Hervé Roten

MUSIQUES JUIVES D’HIER ET D’AUJOURD’HUI – MARDI 12 MARS 2019, JUDAÏQUES FM (94.8), 21H00

Hervé Roten reçoit le compositeur et musicologue Bruno Giner à l’occasion de la parution de son livre Kurt Weill aux Editions Bleu Nuit. L’occasion de mieux connaître la vie et l’œuvre de ce compositeur juif, d’origine allemande, naturalisé américain, qui a su conjuguer les différentes facettes de son identité pour tisser une œuvre intemporelle qui fait le lien entre la musique savante et la musique populaire.

Né le 2 mars 1900 à Dessau (Allemagne) dans une famille de musicien (son père était chantre et compositeur de musique liturgique à la synagogue de Dessau), Kurt Weill grandit au son des musiques synagogales. Attiré par la composition, le jeune garçon suit les enseignements d’Albert Bing à Dessau, d’Engelbert Humperdinck et de Ferruccio Busoni à Berlin.

La République de Weimar, avide de progrès, de culture et de modernité va permettre à Kurt Weill de trouver un langage mêlant la musique savante, les chansons de cabaret et le jazz. En 1928, il accède à la célébrité avec L’Opéra de quat’sous (Die Dreigroschenoper) sur un livret de Bertolt Brecht. Le cinéma s’empare de cette œuvre (film de Georg Wilhem Pabst) et plusieurs airs de cet opéra - comme « La complainte de Mackie Messer » - sont repris par les chansonniers de toute l’Europe.

En 1933, l’arrivée des nazis au pouvoir contraint Kurt Weill à se réfugier à Paris. Il y composera notamment l’opéra Marie-Galante dont les chansons feront les beaux jours des cabarets de la rive gauche. Mais le vent mauvais de l’antisémitisme qui souffle en France pousse Kurt Weill à s’embarquer pour l’Amérique en 1935.

Installé à New-York avec sa femme, la chanteuse Lotte Lenya, Kurt Weill va s’imposer à Broadway, en particulier avec la comédie musicale One Touch of Venus (1943) qui restera 18 mois à l’affiche. Cette même année 1943, Kurt Weill et Lotte Lenya obtiennent la nationalité américaine.

Face aux atrocités commises par les Nazis dans l’Europe occupée, Weill compose en 1943 We Will Never Die – A Memorial, une œuvre dédiée aux deux millions de Juifs morts en Europe. En mars 1946, à la demande du Cantor David Putterman de la synagogue de Park Avenue de New-York, il écrit un Kiddush qu’il dédie à son père. Enfin en 1947, à l’occasion d’un voyage en Palestine pour voir ses parents installés à Nahariya, il réalise une orchestration de l’Hatikvah à la demande de Chaim Weizmann, le futur premier Président de L’État d’Israël.

La dernière œuvre de Kurt Weill, Lost in the stars (Perdu dans les étoiles) (1949) est un vibrant plaidoyer contre la ségrégation anti-noirs et le racisme. Kurt Weill ne profitera malheureusement que peu de temps de son succès puisqu’il décède prématurément d’un infarctus, le 3 avril 1950, à l’âge de 50 ans.

Selon Bruno Giner, Kurt Weill n’aura eu de cesse tout au long de sa courte vie de démocratiser la musique savante pour la rendre accessible à tous. Si son nom sombre rapidement dans l’oubli, ses chansons intemporelles, reprises par des artistes de renommée (Louis Armstrong, Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Franck Sinatra…), sont devenues aujourd’hui de véritables standards.

Illustrée par de nombreux extraits musicaux, cette émission nous fait redécouvrir l’œuvre d’un compositeur de génie qui a su faire le pont entre la musique expérimentale de la République de Weimar et la comédie américaine de Broadway.

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Kurt Weill, de la République de Weimar à Broadway

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